Gérard Jan fut tout d’abord ce dessinateur et graveur qui forçait la considération des maîtres – comme René Izaure, qui le traitait en fils spirituel – par la virtuosité du trait, la sûreté du geste, alliées à une sensibilité et à un regard. Il a su ne pas se contenter de cette dangereuse facilité, la dépasser en travailleur infatigable et acharné, faisant preuve de rigueur et d’une patience de Bénédictin dans le ciselage de ses plaques.

Gérard Jan grave comme Piranèse, Dürer et Rembrandt. Ses eaux-fortes sont un hymne au clair-obscur ; elles allient densité et finesse, force expressive et légèreté. Ses paysages fouillés à l’extrême mêlent subtilement les ambiances d’un âge reculé, médiéval ou classique, aux traces d’une révolution industrielle, nous plongent en des mondes parallèles, jouent des rapports d’échelles. L’époque est à la rapidité de réalisation. Comme un Desmazières aujourd’hui, il fait partie de ces très rares artistes qui conjuguent le patient labeur de plusieurs mois sur la même plaque au talent créateur et à la singularité expressive. Sa très grande discrétion et son humilité complètent le tableau d’un artiste au plein sens du terme, éloigné des feux de la rampe et de ses clinquants, peu préoccupé d’occuper le devant de la scène, en un temps où le seul discours et la suffisance font souvent office de talent.

La technique virtuose de Gérard Jan l’amène à transcender les règles et possibles de l’encre-monotype. Si la gravure le pousse aux confins de la technique, en des mondes de profondeurs et de lumières qui se livrent en un travail de longue haleine, l’encre-monotype requiert un état mental particulier, un geste rapide et sûr. Dépouillement et force, pour dire l’essentiel. Avant que l’encre ne sèche sur la plaque de cuivre, il y installe la retranscription époustouflante d’objets du quotidien qui en deviennent sculpturaux, les installe en lisière d’un fond sombre, jouant du plein et du vide, fait preuve d’un sens aigu de la composition, du cadrage et des tensions qu’ils génèrent. La plaque est essuyée pour que ne subsiste que cette mince trace sombre qui dessine l’œuvre, en positif comme en négatif, par soustraction de l’encre. Avant que d’attaquer la plaque, il a, dans sa tête, composé déjà son œuvre, humidifié son papier Rives, préparé les Chine et Japon qui attendent, humectés, d’insuffler de nouvelles valeurs à cette épreuve unique. Sources : Yves Callet-Molin