Guy Calamusa

Guy Calamusa est d’origine sicilienne. Il est né en 1965 à Casablanca, a vécu de nombreuses années au Maroc avant de venir s’installer dans le sud de la France. Il est profondément attaché à la Méditerranée, à cette mer carrefour des civilisations. Autodidacte, son travail met en scène un monde en devenir où le peintre d’une toile à l’autre accomplit un travail de tisserand. A travers chaque tracé de crayons, de mots, de signes, de points qui se joignent et disjoignent, le peintre semble recoudre le tissu d’un déracinement intérieur.

Des symboles récurrents – oiseaux, animaux, échelles, barques – parcourent les toiles et amènent vers un sens plus caché du monde. On y découvre des oiseaux aux regards interrogateurs, souvent figurés au bas du tableau. Ils semblent avoir perdu l’usage de leurs ailes et scrutent d’un air étonné le centre de la toile. Ou encore ces petits dessins , ces lignes griffées, ces points cloutés reconstituent peu à peu la carte d’un voyage imaginaire ou d’un paysage empli de « broussaille » pour reprendre une expression à James Sacré. Ces signes posés au hasard de la surface de la toile ou du papier -chiffres, lettres, enchevêtrements de tracés de crayons gras, secs- posent les jalons d’ une écriture hiéroglyphique.Dans une lettre adressée au peintre, Jacques Dupin parle d’ « aimantation énigmatique » et écrit qu’ils renvoient «  à une poésie d’une errance laconique. » En effet, l’espace dans les tableaux est ouvert, la peinture est « en broussaille » comme si le souci majeur était ici de souligner l’aspect inachevé du tableau.

Plus récemment, le peintre a donné une place prépondérante à l’ animal déjà présent  dans des toiles antérieures.Ici, les animaux se donnent en spectacle.Ils s’exhibent, apparaissent sur le théâtre du monde fait de symboles qui jalonnent les feuilles de papier : feuilles d’arbres dessinées, chemins, graffitis au crayon, roues, échelles, barques noires. Ces animaux hors du temps nous racontent l’histoire d’un univers perdu où autrefois les humains dialoguaient avec eux. De face ou de côté, solitaires ou accompagnés, dotés parfois de mains, de pattes ou de jambes, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, ils nous font interpellent, ne nous laissent pas indifférents.Ces bêtes si humaines, dotées de sentiments, d’intelligibilité nous parlent, nous regardent.Issues d’ un hors-champ riche en couleurs,elles adoptent des postures méditatives. Elles s’observent, se séduisent, pointent un doigt accusateur, tendent une main généreuse qui caressent, saisit l’autre et s’accouplent dans une joie indicible.

Nous retrouvons en filigrane, d’un papier à l’autre, cette opposition,ce tiraillement entre la lumière et le deuil propre au parcours du peintre d’origine sicilienne. C’est alors la tristesse du monde qui est manifeste. Ces créatures issues de la nuit ne veulent plus voir, se cachent la tête ou disent l’ accablement du monde. Ce chaos ,cet état sont surlignés dans de nombreux papiers :souvent les formes semblent inachevées,non finies,esquissées rapidement dans une urgence. La peinture est là, fine, transparente, jetée. De grands animaux bleus, des loups noirs flottants accompagnent des morts aux yeux ouverts  dans un éternel présent.Les morts ici ont des traits, les yeux écarquillés.Ils ne sont pas effrayants. En observant de plus près les grands papiers du peintre, ces animaux, s’ils racontent une traversée, s’ils nous disent quelque chose d’ une innocence perdue, nous saisissent dans leur vitalité, leur élan.

On a l’impression que derrière chaque animal le peintre recompose un monde où les ressources fragiles du vivant cohabitent de nouveau, s’ouvrent. Il y a ici comme un frémissement de l’apparence pour reprendre une expression au philosophe J.C Bailly.« Chaque animal est un frémissement de l’apparence et une entrée dans le monde. Chaque entrée dans le monde est un monde, un mode d’être au monde, une traversée, une histoire. »(J.C Bailly, Le parti pris des animaux, 2013 )

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